Platon, le philosophe des Idées
L’homme qui a fondé la première université d’Occident
Disciple de Socrate, maître d’Aristote, Platon a créé l’Académie d’Athènes. Il y a enseigné pendant quarante ans. Sa théorie des Idées et son allégorie de la caverne continuent de structurer la pensée occidentale.
l’Académie
conservés
Platon (en grec Πλάτων / Plátôn) naît vers 428 avant J.-C. à Athènes, dans une famille aristocratique. Son vrai nom est Aristoclès — « Platon » est un surnom qui signifie « le large ». Disciple de Socrate, il fonde en 387 avant J.-C. l’Académie, première institution d’enseignement supérieur du monde occidental. Elle fonctionnera pendant près de neuf siècles.
Cette page retrace sa vie, présente ses grandes idées, et vous emmène sur les lieux d’Athènes qui portent encore sa mémoire.
La vie de Platon
Jeunesse et rencontre avec Socrate
Platon naît vers 428 avant J.-C. dans l’une des grandes familles d’Athènes. Sa mère descend de Solon, le législateur. Son oncle Critias fait partie des Trente Tyrans. Destiné à la politique, le jeune Aristoclès rencontre cependant Socrate vers 407 avant J.-C. Cette rencontre bouleverse sa vie. Il abandonne ses ambitions politiques et devient le disciple le plus fidèle du maître.
Pendant huit ans, il suit Socrate dans les rues d’Athènes. Il assiste à ses dialogues sur l’agora. Puis, en 399 avant J.-C., il voit son maître condamné à mort par la cité. Socrate boit la ciguë. Platon, alors âgé de vingt-neuf ans, en est profondément marqué. Cet événement nourrit toute son œuvre : pourquoi une cité prétendument démocratique a-t-elle tué son homme le plus juste ?
Les voyages et la Sicile
Après la mort de Socrate, Platon quitte Athènes. Il voyage en Égypte, puis en Grande-Grèce (Italie du Sud), où il rencontre les pythagoriciens. Leur influence sur sa pensée est considérable, notamment sur le rôle des mathématiques.
Par la suite, il se rend trois fois en Sicile, à Syracuse. Il tente d’y mettre en pratique son idéal politique : former un « philosophe-roi ». Les trois tentatives échouent. Lors de son premier voyage, le tyran Denys l’Ancien le fait même vendre comme esclave. Racheté par un ami, Platon rentre à Athènes. Ces échecs ne l’empêchent toutefois pas de théoriser la cité idéale dans La République.
L’Académie
En 387 avant J.-C., Platon fonde l’Académie. Elle est installée dans un gymnase situé dans un bois sacré dédié au héros Académos, au nord-ouest d’Athènes. On y enseigne la philosophie, les mathématiques, l’astronomie et la dialectique. À l’entrée, une inscription célèbre : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre. »
Platon y enseigne pendant quarante ans. Parmi ses élèves, le plus célèbre est Aristote, qui y reste vingt ans avant de fonder sa propre école, le Lycée. L’Académie fonctionnera au total pendant près de neuf cents ans, jusqu’à sa fermeture par l’empereur Justinien en 529 de notre ère.
Platon meurt vers 348 avant J.-C., à l’âge de quatre-vingts ans. Son œuvre, composée de trente-cinq dialogues, nous est parvenue presque intégralement — un cas unique pour un philosophe antique.
Le surnom « Platon » : Aristoclès reçoit le surnom de Platon (platús, « large ») en raison de sa carrure — il était paraît-il massif. D’autres y voient une allusion à la largeur de son front ou de son style littéraire.
Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue.Platon — Apologie de Socrate, 38a
Les grandes idées de Platon
La théorie des Idées
Au cœur de la pensée platonicienne se trouve la théorie des Idées (ou des Formes). Selon Platon, le monde que nous percevons par les sens n’est qu’une copie imparfaite. Derrière lui existe un monde intelligible, peuplé d’Idées éternelles et parfaites.
Prenons un exemple : nous voyons de beaux objets, de belles personnes. Mais aucun d’entre eux n’est la Beauté elle-même. La Beauté en soi existe pourtant — éternelle, immuable, parfaite. Les choses belles du monde sensible n’en sont que des reflets. Toute la philosophie de Platon consiste ainsi à s’élever du reflet vers la réalité.
L’allégorie de la caverne
C’est la métaphore la plus célèbre de toute la philosophie. Dans le livre VII de La République, Platon décrit des prisonniers enchaînés dans une caverne. Ils ne voient que des ombres projetées sur un mur. Pour eux, ces ombres sont la réalité.
Un prisonnier se libère et sort de la caverne. Il découvre d’abord la lumière, puis le soleil lui-même — symbole du Bien et de la Vérité. Le philosophe est précisément cet homme libéré. Sa mission consiste ensuite à redescendre éclairer ses semblables. Mais il risque alors d’être rejeté, voire tué — comme Socrate.
La cité idéale et le philosophe-roi
Dans La République, Platon imagine une cité juste. Elle est divisée en trois classes, correspondant aux trois parties de l’âme. Les gardiens-philosophes gouvernent par la raison. Les guerriers défendent la cité par le courage. Les artisans produisent par la tempérance.
Sa conclusion est restée célèbre : « Les États ne cesseront leurs maux que quand les philosophes seront rois, ou les rois philosophes. » Cette idée d’un pouvoir guidé par la sagesse a traversé les siècles. Elle continue aujourd’hui encore de nourrir le débat politique.
La dialectique : l’art du dialogue
Platon écrit sous forme de dialogues. Socrate y joue le rôle principal. Par un jeu de questions et de réponses, il amène ses interlocuteurs à examiner leurs propres croyances. C’est la maïeutique — l’art d’accoucher les esprits, hérité de Socrate.
La dialectique est donc une méthode pour s’élever progressivement vers la connaissance des Idées. Platon distingue en effet l’opinion (doxa), qui porte sur le monde sensible, de la science véritable (epistémè), qui porte sur les Idées éternelles.
Œuvres principales : La République (justice et cité idéale), Le Banquet (l’amour), Phédon (immortalité de l’âme), Phèdre (beauté et rhétorique), Timée (cosmologie) et Les Lois (dernier ouvrage, inachevé).
Nul n’entre ici s’il n’est géomètre.Inscription à l’entrée de l’Académie de Platon
Ce que Platon a changé
Le philosophe Alfred North Whitehead a résumé l’influence de Platon en une phrase : « Toute la philosophie occidentale n’est qu’une série de notes en bas de page à Platon. » C’est à peine une exagération. Il a en effet posé les grandes questions — la justice, la beauté, la connaissance, l’âme — qui structurent encore la réflexion philosophique.
Son influence sur le christianisme est considérable. Saint Augustin intègre de nombreux éléments platoniciens dans la doctrine chrétienne : la distinction entre monde sensible et monde intelligible, l’immortalité de l’âme, la recherche de l’absolu. Le néoplatonisme de Plotin, au IIIe siècle, prolonge directement sa pensée.
À la Renaissance, Marsile Ficin traduit l’intégralité des dialogues en latin. L’Académie platonicienne de Florence influence alors profondément l’art de Botticelli et de Michel-Ange. Par la suite, Descartes, Leibniz et Kant reprennent chacun à leur manière l’idée platonicienne de vérités éternelles accessibles par la raison.
Aujourd’hui encore, les mathématiciens qui croient en l’existence indépendante des objets mathématiques se disent « platoniciens ». La pensée de Platon reste ainsi vivante dans des domaines aussi variés que la philosophie politique, l’éthique, l’esthétique et les sciences cognitives.
Citations de Platon
La nécessité est mère d’invention.
La République, IIL’âme du philosophe méprise le corps et fuit loin de lui.
Phédon, 65aLes États ne cesseront leurs maux que quand les philosophes seront rois.
La République, V, 473dOn peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en un an de conversation.
Attribué — Les LoisLa musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée.
La République, IIILa connaissance des mots conduit à la connaissance des choses.
Cratyle, 435dSur les traces de Platon
D’Athènes à Delphes — les lieux où la philosophie platonicienne a pris forme.
L’Académie de Platon
à Athènes
Le site de l’Académie se trouve au nord-ouest du centre d’Athènes, dans le quartier qui porte encore son nom. Un parc archéologique marque l’emplacement du gymnase antique. Les vestiges sont modestes, mais le lieu reste chargé d’histoire.
À proximité, l’Agora antique permet de marcher sur les pas de Socrate et de Platon. Le musée archéologique national et l’Acropole complètent le parcours philosophique athénien.
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De l’agora de Socrate au sanctuaire panhellénique de Delphes.
Agora antique
Le cœur d’AthènesC’est sur l’Agora que Socrate dialoguait avec les Athéniens. Platon y a passé sa jeunesse. On y voit aujourd’hui la Stoa d’Attale, le temple d’Héphaïstos et les fondations des bâtiments publics où se croisaient philosophes et citoyens.
Delphes
Le sanctuaire d’ApollonLe « Connais-toi toi-même » gravé sur le temple de Delphes est au cœur de la pensée socratique et platonicienne. Le site, classé à l’UNESCO, est l’un des plus saisissants de Grèce. Il se visite en une journée depuis Athènes.
Acropole d’Athènes
Le symbole de la citéDu sommet de l’Acropole, on surplombe l’Agora et le quartier de l’Académie. Le Parthénon, achevé en 432 avant J.-C., était déjà debout quand Platon est né. La visite de l’Acropole complète naturellement tout parcours philosophique.
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