Homère, le Poète
L’aède aveugle qui a fondé la littérature occidentale
Auteur présumé de l’Iliade et de l’Odyssée, Homère reste la figure la plus fascinante et la plus mystérieuse de la Grèce antique. Un poète dont on ne sait presque rien, mais dont l’oeuvre a façonné trois millénaires de culture.
sa naissance
Les Anciens le surnommaient simplement ho Poiètès — « le Poète ». En grec, Homèros (Ὅμηρος) signifie « otage » ou « celui qui est obligé de suivre ». On le situe à la fin du VIIIe siècle avant J.-C., probablement originaire d’Ionie, sur la côte occidentale de l’actuelle Turquie. Il est ainsi la figure fondatrice de la littérature grecque et, par extension, de toute la littérature occidentale.
Cette page retrace ce que l’on sait — et ce que l’on ignore — de sa vie, présente ses deux grandes oeuvres, et vous emmène sur les lieux de Grèce qui portent encore sa mémoire.
La vie d’Homère
La tradition antique présente Homère comme un aède — un poète chanteur itinérant qui parcourait le monde méditerranéen en déclamant ses vers, accompagné d’une lyre. Selon les biographies anciennes faussement attribuées à Plutarque et à Hérodote, il serait né à Smyrne (l’actuelle Izmir, en Turquie), aurait ensuite vécu à Chios, fondé une école de poésie sur cette île, puis serait mort à Ios, dans les Cyclades. Son nom originel aurait été Mélesigénès, en référence au fleuve Mélès qui traversait Smyrne.
Sept cités au total se disputaient l’honneur de lui avoir donné le jour : Smyrne, Chios, Colophon, Cymé, Argos, Athènes et Salamine. Cette rivalité témoigne ainsi de l’importance qu’Homère avait acquise dès l’Antiquité. L’historien Hérodote, au Ve siècle avant J.-C., estimait qu’Homère avait vécu environ quatre cents ans avant lui, ce qui situe le poète aux alentours de 850 avant J.-C. — une datation que rien n’infirme formellement.
On le décrit également comme aveugle. Ce détail est probablement symbolique : dans l’Odyssée, l’aède Démodocos, chanteur à la cour des Phéaciens, est lui aussi privé de la vue. Les Grecs associaient en effet la cécité au don poétique et au pouvoir divinatoire — les devins Tirésias et Phinée étaient, eux aussi, aveugles. Perdre la vue, c’était alors gagner une vision intérieure.
La « question homérique » : Homère a-t-il seulement existé ? Depuis l’abbé d’Aubignac (1670) et les Prolegomena de Friedrich August Wolf (1795), les hellénistes débattent. Certains voient dans les épopées un assemblage de sources multiples, tandis que d’autres défendent un auteur unique. La thèse la plus admise aujourd’hui est toutefois intermédiaire : une longue tradition orale portée à son sommet par un ou deux poètes exceptionnels.
Il n’y a rien de plus terrible que la mer pour dompter un homme, fût-il très fort.Odyssée, chant VIII
L’Iliade et l’Odyssée
L’Iliade
L’Iliade est un poème de 15 537 vers, divisé en 24 chants, composé en hexamètres dactyliques. Le titre vient d’Ilion, autre nom de Troie. Le récit ne couvre toutefois pas toute la guerre — qui aurait duré dix ans — mais seulement quelques semaines décisives, centrées sur un thème unique : la colère d’Achille.
Le champion des Achéens entre alors en conflit avec le roi Agamemnon qui lui a pris sa captive Briséis. Humilié, Achille se retire du combat. Sans lui, les Troyens menés par Hector repoussent les Grecs jusqu’à leurs navires. Quand Patrocle, compagnon d’Achille, est tué par Hector, Achille reprend finalement les armes et affronte Hector en duel — le point culminant du récit. Le poème s’achève ensuite sur les funérailles d’Hector, dans une scène d’une humanité poignante où Priam, roi de Troie, vient réclamer le corps de son fils.
À travers la rage d’Achille, Homère explore ainsi des thèmes qui résonnent encore : l’honneur face à l’autorité, l’amitié entre guerriers, la gloire et son prix, la fragilité de la vie humaine face au destin.
L’Odyssée
L’Odyssée compte 12 109 vers, également répartis en 24 chants. Si l’Iliade naît d’une passion — la colère —, l’Odyssée est un récit d’aventure, de ruse et de retour. Après la chute de Troie, Ulysse tente de regagner son île d’Ithaque, où l’attendent sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Mais Poséidon s’oppose à son retour.
Pendant dix ans, le héros erre alors à travers la Méditerranée : le Cyclope Polyphème, le chant des Sirènes, la descente aux Enfers, la magicienne Circé, la nymphe Calypso. Chaque épreuve met à l’épreuve non pas sa force, mais son intelligence — ce que les Grecs appelaient la mètis, la ruse.
De retour à Ithaque, déguisé en mendiant, Ulysse doit ensuite éliminer les prétendants qui dilapident ses biens. Le poème contient par ailleurs certaines des scènes les plus émouvantes de la littérature antique : la reconnaissance par le vieux chien Argos, puis les retrouvailles avec Pénélope.
Les deux épopées totalisent environ 27 800 vers. Les « épithètes homériques » — « Achille aux pieds légers », « l’Aurore aux doigts de rose » — servaient d’appui mnémotechnique aux aèdes qui les déclamaient de mémoire.
Il en est de la race des humains comme des feuilles : le vent jette les unes à terre, la forêt en produit d’autres.Iliade, chant VI
Ce qu’Homère a changé
L’influence d’Homère sur la culture occidentale est sans équivalent. Dans la Grèce antique, l’Iliade et l’Odyssée formaient le socle de l’éducation : les enfants les apprenaient à l’école, les philosophes les commentaient, et les tragédiens — Sophocle, Euripide — s’en inspiraient pour leurs pièces. Platon le surnommait d’ailleurs « l’éducateur de la Grèce ». Homère n’était pas seulement un poète, il était une institution.
Son héritage se prolonge ensuite à Rome, où Virgile compose l’Énéide dans la continuité homérique directe. Au Moyen Âge, Benoît de Sainte-Maure le salue alors comme un « clerc merveilleux ». Dante, dans la Divine Comédie, le place également dans les Limbes parmi les grands esprits. La Renaissance redécouvre enfin ses textes en grec, et les poètes de la Pléiade le prennent pour modèle.
Plus tard, Shakespeare puise dans la matière troyenne, tandis que James Joyce transpose l’Odyssée dans le Dublin de 1904 avec Ulysse. Nikos Kazantzákis écrit pour sa part une Odyssée trois fois plus longue que l’originale. Les héros d’Homère — Achille, Ulysse, Hector, Pénélope — sont ainsi devenus des archétypes universels de la condition humaine.
Citations d’Homère
Il n’est point de terre plus douce que sa propre patrie.
Odyssée, chant IXLe sot ne s’instruit que par les événements.
Iliade, chant XVIIÉtranger, ma coutume est d’honorer les hôtes.
Odyssée, chant XIVLaissons le passé être le passé.
Iliade, chant XVIIIDouce est la terre quand elle paraît aux yeux des naufragés.
Odyssée, chant VMieux vaut devoir son salut à une prompte retraite que de subir la loi du vainqueur.
Iliade, chant XIVSur les traces d’Homère
D’Ios à Ithaque, de Chios à Mycènes — les lieux où la mémoire du poète demeure vivante.
Le tombeau d’Homère
à Ios
Selon Valère Maxime, Homère serait mort de chagrin sur l’île d’Ios, incapable de résoudre une énigme posée par des pêcheurs locaux. Sa mère, Kliméni, y était née et y avait été enterrée. Le tombeau présumé du poète se trouve ainsi à Plakoto, à une quinzaine de kilomètres au nord de Chora, au sommet d’une falaise battue par les vents.
La tombe en elle-même est modeste : une stèle en marbre et quelques pierres. Mais le paysage autour — un sentier sauvage entre les collines arides, la mer Égée en contrebas, le silence — crée une atmosphère hors du temps. Le lieu vaut alors autant pour la balade que pour le site lui-même.
Chaque été, le festival Homeria rend également hommage au poète au théâtre Odysseas Elytis, un amphithéâtre en marbre grec construit à flanc de colline face à la mer.
Découvrir l’île d’IosAutres lieux liés à Homère
De l’île où il enseignait au royaume de son héros, en passant par la citadelle qu’il décrivait « riche en or ».
Chios
L’île du poètePlusieurs sources antiques situent Homère à Chios. L’île abrite la Pierre d’Homère (Daskalopetra), un rocher face à la mer où, selon la légende, le poète enseignait à ses disciples.
Ithaque
Le royaume d’UlyssePatrie d’Ulysse dans l’Odyssée. L’île conserve la Grotte des Nymphes, le site présumé du palais d’Ulysse et la fontaine d’Aréthuse — autant de lieux décrits dans le poème.
Mycènes
La citadelle d’AgamemnonHomère décrit Mycènes comme « riche en or ». Les fouilles de Schliemann ont confirmé cette description : le masque dit « d’Agamemnon », la porte aux Lionnes et les tombes à tholos.
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Grecs célèbres
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Sites archéologiques grecs